Question fréquentes

Une fresque de Fra Angelico représente la greffe d'une jambe au Diacre Giustiniano par Saint Côme et Saint Damien au IIIème siècle.
On peut l'admirer dans le couvent San Marco à Florence.
Jacques de Voragine en fournit l'explication au XIIIème siècle dans son ouvrage « La légende dorée » : la jambe de Giustiniano était atteinte d'un cancer. Saint Côme et Saint Damien amputèrent le membre malade et le remplacèrent par celui d'un éthiopien récemment décédé. Les auteurs de cet exploit devinrent les saints patrons des médecins et des chirurgiens...

  • Pourquoi le prélèvement ?

    Malgré les progrès de la médecine, de nombreuses maladies ne peuvent être guéries, ni même évitées. Elles entraînent le mauvais fonctionnement et parfois même la destruction de certains organes indispensables à la vie : les reins, le cœur, le foie, les poumons, le pancréas ou l'intestin.

    Pour ces malades, seule la transplantation d'un organe de remplacement leur permet d'espérer de vivre ou de survivre. Et comme dit le Professeur CABROL: « Ne partons pas, avec un trésor inutilisable pour soi, et perdu pour tous. »

  • Que peut-on prélever et pour qui ?

    1. Des organes, uniquement chez un sujet en mort céphalique.

      - Les reins peuvent rendre une vie quasi-normale aux malades qui ont les leurs inefficaces et qui doivent subir régulièrement (3 fois par semaine) des séances de dialyse longues (4 à 5 heures) et astreignantes. Le taux de réussite de greffe de rein est de 81 % à long terme.

      - Le cœur que de nombreux malades cardiaques attendent. Certains subsistent grâce aux « cœurs artificiels », ils reprendront une vie normale après transplantation. Taux de réussite de 73 % à 1 an et de 68 % à long terme.

      - Le foie, dont la greffe — qui se répand de plus en plus — doit être effectuée rapidement et réussit à 77,5 % à 1 an.

      - Le pancréas, dont la greffe est encore délicate et réservée aux diabétiques sous insuline avec de graves complications rétiniennes et rénales (d’où souvent une greffe double rein-pancréas). La réussite est de 50 à 60 % à 3 ans.

      - Les poumons greffés avec le cœur vont permettre, aux malades ne pouvant vivre sans assistance respiratoire, une amélioration importante. Le taux de réussite est de 52 % à 1 an.

    2. Des tissus, chez un sujet décédé à cœur battant ou à cœur arrêté.

      - Pour la cornée de l’œil, une des greffes les plus anciennes (la première remonte à 1887), la réussite est de plus de 90 %. Le prélèvement est réalisable dans les 12 heures qui suivent la mort. Il ne porte que sur la partie antérieure de l’œil. Des lentilles sont mises en place afin de respecter l’intégrité du corps.

      - La peau sert pour les brûlés.

      - Des os peuvent aussi être prélevés.

      - Moins connues, les greffes du tympan ou des osselets de l’oreille moyenne.

  • Quand peut-on prélever ? (notion de mort encéphalique)

    La décision de déclarer mort un malade -dont le cerveau a cessé de fonctionner- n’appartient pas à un seul chirurgien mais à une équipe composée de neurochirurgiens, de réanimateurs et de médecins spécialistes non impliqués dans l’acte de prélèvement.

    Ils doivent constater un certain nombre de signes cliniques et paracliniques qui définissent (lorsqu’aucune trace de barbiturique n’a été décelée dans le sang) la « mort encéphalique », c’est-à-dire l’état de mort du cerveau alors que, entretenues par les machines, la respiration et la circulation sanguine sont maintenues.

    Les critères de cette mort encéphalique et les modalités de son constat sont définis par le décret n° 96-1041 du 2 décembre 1996 :

    1. - absence totale de conscience et d’activité motrice spontanée,

    2. - abolition de tous les réflexes du tronc cérébral,

    3. - absence totale de ventilation spontanée vérifiée par une épreuve d’hypercapnie, ces trois signes cliniques étant complétés par l’une ou l’autre des explorations paracliniques suivantes :

      1. - soit deux électroencéphalogrammes, répétés à 4 heures d’intervalle, nuls et aréactifs,

      2. - soit une angiographie objectivant l’arrêt de la circulation encéphalique.

  • Existe-t-il des techniques évitant les transplantations?

    Pour pouvoir éviter les transplantations, il faut pouvoir remplacer les organes malades par des éléments autres que des organes humains, actuellement les recherches vont dans deux directions :

    1. - les organes artificiels dont le plus connu est le cœur artificiel, mais dont les inconvénients d’encombrement et de non-autonomie sont bien connus. Il ne sert actuellement qu’à attendre un "don" dans un délai de quelques mois.

    2. - les organes prélevés sur des animaux, dont on commence à relever les compatibilités avec l’homme, mais là ce n’est encore qu’au stade de la recherche, et ce sera toujours au détriment du malade car l’apport de médicaments supplémentaires plus ou moins perturbants s’imposera.

    Donc, actuellement, les prélèvements d’organes s’effectuent essentiellement sur des cadavres, mais, de plus en plus, cette pratique s’étend à des prélèvements sur des personnes vivantes, volontaires, appartenant ou non à la famille du receveur.

  • Conséquences humaines & socioprofessionnelles des transplantations.

    Les transplantations ont des conséquences humaines & socioprofessionnelles très importantes, deux exemples :

    1. - Plus de la moitié des greffés du cœur bénéficient d’une espérance de vie supérieure à 5 ans avec reprise de leurs activités quotidiennes, professionnelles et même sportives dans la plupart des cas. Les opérés parlent de « résurrection » ou de « deuxième vie », c’est en tout cas une chance inespérée pour ces malades, une « sur-vie ».

    2. - Un greffé du rein, outre la reprise de ses activités, se voit libéré de la contrainte des séances de dialyse qui lui prenaient trois demi-journées par semaine. Libéré d’un régime alimentaire draconien, il peut parler de « mieux-vie ».

    Les opérés, soumis à des traitements moins lourds qu’auparavant, reprennent leur place dans la société puisqu’ils reprennent le travail à temps partiel, si ce n’est à plein temps, ainsi que leur place sociale et familiale.

  • Comment faire connaître votre volonté ?

    Il est essentiel que votre volonté soit respectée. Que vous soyez CONTRE ou POUR le prélèvement, il est utile et souhaitable que votre entourage - famille et amis - soit mis au courant de votre décision. Vous aurez à la traduire par le port d’une carte que le Cercle Bleu vous délivrera. En cas de refus de prélèvement (tout organe ou seulement coeur ou cornée), en plus de votre carte, vous recevrez un formulaire pour vous inscrire sur le "Registre National du Refus" (RNR) tenu par l’Agence de la Biomédecine. Votre famille ne pourra ainsi que respecter votre volonté. Elle le fera d’autant plus facilement que le Cercle Bleu l’aura inscrite sur un « Registre du choix de fins de vie» informatisé, consultable 24h/24 par les urgentistes. Ceci fait, la pose de l’autocollant CERCLE BLEU sur votre véhicule viendra en complément efficace du choix que vous aurez fait. En effet, les Professionnels intervenant sur la route en cas d'accident sont tenus informés du devoir de remettre au Corps médical la carte trouvée dans les papiers du blessé. Cette opération a été renouvelée en France de mai à septembre 2015, suite à la plainte de 5 familles. Mortellement blessées lors d'un accident de voiture, 5 personnes, en effet, n'ont pas été respectées dans leur choix porté sur leur carte de positionnement car les Professionnels intervenant à cette occasion n'avaient pas connaissance de la signification de l'autocollant resté visible sur le véhicule.

    A ceci s'ajoute désormais la possibilité de se positionner à l'égard de l'obstination déraisonnée : en étant POUR, en étant CONTRE ou en S'ABSTENANT. Cette décision n'apparait pas sur votre "Carte de positionnement", mais sur votre fiche que le Corps médical peut consulter.

  • Que devient votre corps après un prélèvement ?

    Après un prélèvement, votre corps est rendu à la famille pour des obsèques classiques. Le chirurgien, prélevant le ou les organes dont il a besoin, referme les plaies de la même façon que pour une opération classique, et l’aspect du corps n’est absolument pas modifié. La restitution tégumentaire est parfaite.

  • Un prélèvement occasionne-t-il des frais à la famille ?

    La famille n’aura à supporter aucune charge financière due au prélèvement, même si le corps doit être transporté dans un autre Hôpital pour le prélèvement, tous les frais inhérents à ce dernier sont pris en charge par l’Hôpital. En revanche, la famille ne pourra pas percevoir de contrepartie pécuniaire, suite au prélèvement (voir Lois bioéthiques). Il s’agit d’un don.

  • Le point de vue financier.

    Un exemple pour comprendre l’intérêt financier d’une transplantation. Un dialysé coûte à la société en moyenne 55.000 euros/an. Mais la transplantation d’un rein à ce même malade coûtera sensiblement la même somme la première année, puis de moins en moins cher les années suivantes.

  • Le point de vue législatif.

    Voici un rappel des principaux textes ayant trait aux prélèvements d’organes :

    1. * Loi de 1857. - Le corps n’appartient qu’à l’individu tant qu’il est vivant. C’est une forme de l’habeas corpus.

    2. * Loi n 49-890 du 7 juillet 1949.

    3. - Les prélèvements en vue de la pratique de la greffe de cornée (kératoplastie) peuvent être exécutés sans délai, sur les lieux même du décès, chaque fois que le défunt a légué ses yeux à un établissement public ou privé.

    4. * Circulaire Jeanneney n° 67 du 24 avril 1968.

    5. - La mort cérébrale est légalement reconnue, et non plus seulement l’arrêt du cœur.

    6. - Le soin du diagnostic est laissé au corps médical.

    7. - Un ensemble de faits concordants doivent être présents, l’électroencéphalogramme n’étant que l’un d’entre eux.

    8. * Loi Caillavet n° 76 1181 du 22 décembre 1976.

    9. - « Des prélèvements peuvent être effectués à des fins thérapeutiques ou scientifiques sur le cadavre d’une personne n’ayant pas fait connaître, de son vivant, son refus d’un tel prélèvement ».

    10. - Toutefois s’il s’agit d’un mineur ou d’un incapable, ce prélèvement en vue d’une greffe ne peut être effectué qu’après autorisation de son représentant légal.

    11. - Les prélèvements ne peuvent donner lieu à aucune contrepartie pécuniaire.

    12. * Lois bioéthiques n° 94-653 et 94-654 du 29 juillet 1994.

    13. - Elles reprennent et confirment le principe du « consentement présumé » contenu dans la loi Caillavet, qui autorisait un prélèvement « dès lors que la personne concernée n’a pas fait connaître, de son vivant, son refus d’un tel prélèvement. Ce refus peut être exprimé par l’indication de sa volonté sur un registre national automatisé prévu à cet effet. Il est révocable à tout moment ».

    14. - Le législateur ajoute que « Si le médecin n’a pas directement connaissance de la volonté du défunt, il doit s’efforcer de recueillir le témoignage de sa famille ».

    15. - La finalité de ces lois est de trouver un juste équilibre entre le respect de la liberté de l’individu à disposer de lui-même, et la nécessité d’un véritable dialogue avec la famille. À noter qu’à court terme, il serait aussi facile à tout citoyen de s’opposer que d’adhérer.

    16. - Le législateur a voulu préserver le Corps médical de tout recours en justice, tout en donnant une chance aux milliers de malades qui attendent la greffe qui est leur seul espoir de « Mieux-vie » ou de « Sur-vie ».

    Donc, nous le voyons, actuellement et pour de nombreuses années, rien ne remplacera les transplantations d’organes prélevés sur des cadavres.